
Slayers Royal est un tactical RPG développé par le studio Onion Egg, édité par Entertainment Software Publishing sur Sega Saturn et par Kadokawa Shoten sur PlayStation, exclusivement au Japon. Le jeu est sorti sur PlayStation le 23 avril 1998. Neuf mois séparent donc les deux versions, un délai suffisant pour que l'équipe peaufine et enrichisse le portage à destination de la console de Sony.
Slayers Royal est la troisième adaptation vidéoludique de la franchise Slayers, et la première à intégrer des séquences en full motion video ainsi que les doubleurs officiels de l'anime. C'est un jalon important pour la licence : avant lui, les jeux Slayers se limitaient à des RPG traditionnels sans cinématiques animées ni voix. Le support CD-ROM change ici radicalement la donne.
La franchise et le scénario
Slayers est une franchise de light novels créée par Hajime Kanzaka, adaptée en manga puis en plusieurs séries animées très populaires au Japon dans les années 1990. L'héroïne, Lina Inverse, est une sorcière d'élite aussi puissante que gourmande, accompagnée d'un casting haut en couleur. Slayers Royal est notable pour avoir réuni pour la première fois Naga le Serpent — la compagne de Lina dans les histoires prequels — avec Gourry Gabriev, Amelia Wil Tesla Seyruun et Zelgadis Greywords, les compagnons de Lina dans la continuité principale, au sein d'un même récit.
Dans l'histoire, Lina, Gourry et Naga rencontrent un jeune elfe nommé Lark en train d'être attaqué par des démons Mazoku. Après l'avoir secouru, ils découvrent que les Mazoku ont kidnappé la sœur de Lark pour s'emparer d'une ancienne amulette désormais entre ses mains. Ils finiront par découvrir le véritable pouvoir de la relique : avec elle, les Mazoku peuvent ressusciter le roi démon Ruby-Eye Shabranigdu et détruire le monde.
Structure de jeu
Contrairement aux deux précédents jeux Slayers qui étaient de purs RPG, Royal est un tactical RPG. Le jeu se divise en deux modes distincts : le mode Aventure et le mode Combat.
Le mode Aventure comporte deux composantes — la conversation et l'exploration. L'exploration permet de visiter les villes, les commerces, les auberges et les donjons, mais sans déplacement libre : la progression dépend des choix narratifs du joueur, ce qui confère au jeu une dimension proche du roman dont on tourne les pages autant qu'on le joue.
Le mode Combat adopte une perspective isométrique comparable à celle de Final Fantasy Tactics. Le système est basé sur des tours : le joueur sélectionne ses ordres — dont une variété de sorts et de techniques propres à chaque personnage — puis les exécute. Chaque personnage peut être contrôlé manuellement ou confié à l'IA. Les combats se déroulent aussi bien en intérieur qu'en extérieur, et les sorts offensifs les plus puissants, comme le célèbre Dragon Slave capable de détruire des portions entières de décor, ne peuvent être lancés qu'à l'extérieur.
Le support CD-ROM a permis l'ajout de séquences FMV et d'un doublage vocal massif, avec les voix de Megumi Hayashibara dans le rôle de Lina Inverse, Maria Kawamura, Yasunori Matsumoto, Masami Suzuki et Hikaru Midorikawa, tous comédiens officiels des productions animées Slayers.
Comparaison avec la version Saturn
Les deux versions partagent une structure scénaristique et un gameplay rigoureusement identiques. La version Saturn compte onze séquences FMV. La version PlayStation reprend ce même contenu de base, mais s'en distingue sur trois points clairement documentés.
La version PlayStation bénéficie d'une qualité FMV améliorée, avec un rendu visuel plus net que celui de la version Saturn. Elle intègre également cinq mini-jeux exclusifs accessibles depuis le menu principal, dont le Slayers Quiz — un jeu de questions-réponses sur l'univers de la franchise. Enfin, elle est compatible avec le retour de force de la manette DualShock, une fonctionnalité absente de la version Saturn qui ajoute une dimension sensorielle aux affrontements. Ce sont les seules différences confirmées par les sources disponibles, et il convient de ne pas aller au-delà sans risquer d'inventer des détails que l'histoire n'a pas retenus.
Réception
Slayers Royal a été un succès commercial au Japon : la version Saturn s'est hissée à la deuxième place des meilleures ventes toutes plateformes confondues en août 1997. Le magazine français Consoles + a attribué 90 % à la version Saturn, la comparant à Riglord Saga et Sakura Wars, puis 87 % à la version PlayStation. Un léger recul pour le portage, cohérent avec le fait que ses améliorations, réelles mais circonscrites, ne transformaient pas fondamentalement l'expérience pour les joueurs ayant déjà connu la version d'origine. Pour les possesseurs de PlayStation n'ayant jamais touché à la version Saturn en revanche, ce portage représentait une expérience complète et aboutie, fidèle à l'esprit de la franchise et enrichie de contenu exclusif.
Slayers Royal — PlayStation — Test complet — Développeur : Onion Egg — Éditeur : Kadokawa Shoten
A) Graphismes — 13/20
Slayers Royal est un enfant de son époque, et il faut l'aborder avec cette grille de lecture. Les environnements du mode Aventure sont des décors en 2D fixes, dessinés avec soin mais sans ambition particulière. C'est en mode Combat que le jeu révèle sa véritable nature graphique : 
les arènes en 3D isométrique affichent des personnages reconnaissables et des effets de sorts visuellement généreux pour 1998. Le Dragon Slave en particulier, qui ravage littéralement des portions du terrain, produit son petit effet. Les textures restent cependant limitées, les polygones sautillent comme le voulait la PS1, et les ennemis génériques manquent de détail. La version PlayStation améliore le rendu par rapport à la Saturn — les contours sont légèrement plus propres — sans pour autant franchir un cap décisif. Un jeu honnête techniquement, ni honteux ni ambitieux.
B) Animation — 15/20
C'est clairement le point fort du jeu, et la raison pour laquelle le passage au CD-ROM change tout pour la franchise. Les onze séquences FMV sont d'une qualité anime authentique, fidèles au style de la série animée, et la version PlayStation améliore leur compression par rapport à la version Saturn : le rendu est plus net, moins pixelisé, plus fluide. Ces cinématiques ont une vraie présence, elles récompensent le joueur et portent l'histoire avec une énergie que les dialogues textuels seuls n'auraient pas pu transmettre. Les animations en combat sont plus sommaires — les personnages se déplacent et frappent de manière fonctionnelle sans grande fluidité — mais les effets visuels des sorts rattrapent l'ensemble. C'est un jeu qui sait où concentrer ses ressources d'animation.
C) Musique — 13/20
La bande sonore de Slayers Royal fait correctement son travail sans jamais s'imposer vraiment à la mémoire. Les thèmes de combat sont fonctionnels, dans une veine RPG japonais de l'époque — actifs, rythmés, oubliables. La musique d'exploration est plus posée, parfois agréable, sans thème marquant qui resterait en tête après la session. Ce qui sauve vraiment le volet sonore, c'est le doublage : Megumi Hayashibara en Lina Inverse, Maria Kawamura en Naga, et l'ensemble du casting officiel de l'anime livrent des performances énergiques et fidèles à leurs personnages. Le rire de Naga, aussi irritant que jouissif selon les sensibilités, est là dans toute sa démesure. La musique accompagne, le doublage convainc.
D) Gameplay — 14/20
Le système de jeu est solide sans être révolutionnaire. La combinaison mode Aventure — proche d'un visual novel à choix narratifs — et mode Combat tactique en isométrique fonctionne bien et donne au jeu un rythme équilibré entre narration et action. Le système de combat en tours avec sélection des ordres puis exécution en quasi-temps réel est plaisant à prendre en main, et la gestion des sorts — chaque magie ayant ses zones d'effet, son coût en MP et son temps de récupération — ajoute une vraie profondeur tactique. La contrainte des sorts puissants limités aux espaces extérieurs oblige à adapter sa stratégie et c'est une bonne idée de design. Les défauts sont ceux de l'époque : l'IA alliée est capricieuse, certains donjons sont laborieux à naviguer, et le manque de liberté de mouvement en exploration peut frustrer les joueurs habitués à plus de latitude. La compatibilité DualShock apporte une petite touche sensorielle appréciable mais non déterminante.
E) Intérêt global — 15/20
Slayers Royal version PlayStation est avant tout un jeu de fan — mais un jeu de fan bien fait, ce qui n'a rien d'évident. Il ne cherche pas à séduire au-delà de son public cible et assume pleinement ce qu'il est : une expérience dédiée aux amateurs de la franchise, conçue pour prolonger le plaisir de l'anime avec un vrai soin narratif. La réunion inédite de Naga avec les compagnons de la continuité principale est un événement en soi pour les fans, et le scénario original autour de Lark tient la route sans trahir l'esprit de la série.
Ce qui élève ce portage PlayStation au-dessus d'un simple copier-coller de la version Saturn, c'est l'attention portée aux ajouts : la qualité FMV améliorée, les cinq mini-jeux exclusifs dont le Slayers Quiz réservé aux connaisseurs, et le retour haptique DualShock forment un ensemble cohérent qui justifie l'existence de cette version. Pas une révolution, mais une édition plus complète et techniquement plus propre.
Pour un joueur découvrant le jeu sans a priori, c'est une expérience agréable, bien rythmée, portée par un univers attachant et un casting vocal de qualité. Pour un fan de Slayers, c'est simplement indispensable.
Note finale d'intérêt global : 15/20
BONUS : Le guide officiel de Slayers Royal version PlayStation

Deux mois après la sortie du jeu au Japon, le 25 juin 1998 paraît le Slayers Royal Guide Officiel de Stratégie, PS aussi en priorité ! (スレイヤーズろいやる 公式攻略ガイド PSも攻略重視!!), édité par la rédaction spéciale d'Dengeki PlayStation et publié par KADOKAWA — l'éditeur du jeu lui-même. Ce n'est donc pas un guide tiers : c'est une publication officielle, ce qui lui confère une légitimité particulière dans la documentation de la franchise.
Le guide est publié dans la collection Dengeki Kōryaku Ō (電撃攻略王), soit littéralement "Dengeki, le roi de la stratégie" — une collection de référence dans le Japon des années 1990 pour les guides officiels de jeux PlayStation et Saturn. Il se présente au format A5, pour un total de 104 pages, et était vendu au prix de 950 yens hors taxes, soit environ 998 yens toutes taxes comprises à l'époque. Un tarif modeste cohérent avec les standards de la presse spécialisée japonaise de l'époque.
Son sous-titre est révélateur de son positionnement : PSも攻略重視!! signifie littéralement "la PlayStation aussi, priorité à la stratégie !!", ce qui indique explicitement que le guide prend en charge les spécificités du portage PlayStation — et notamment le contenu exclusif absent de la version Saturn — et ne se contente pas de recycler le matériel du guide Saturn qui existait déjà.
Le descriptif officiel du guide sur Amazon Japon précise que l'ouvrage propose une grande présentation du scénario, des personnages, des stratégies et des données sur les sorts magiques de Slayers Royal. Il constitue donc une ressource complète pour le joueur : non seulement un outil de progression tactique, mais aussi un document de référence sur l'univers du jeu, ses personnages et ses mécaniques.
La couverture reproduit une illustration anime dynamique mettant en avant le casting principal — Lina Inverse au premier plan, flanquée de Naga et des autres compagnons — dans un style parfaitement fidèle à la direction artistique de la série animée. Le logo "Dengeki PlayStation" en bas de couverture confirme le lien direct entre le guide et la publication spécialisée qui l'a produit.
Ce guide représente aujourd'hui un objet de collection à part entière pour les amateurs de la franchise Slayers et les collectionneurs de guides officiels japonais de l'ère 32 bits. Il circule encore sur les marchés d'occasion japonais — Yahoo Auctions, Rakuma, et autres plateformes de seconde main — à des prix variables selon l'état, témoignant d'une demande persistante malgré les presque trente ans qui le séparent de sa publication.