Thunder Force (1983) — Le point de départ brut d’une saga de shoot’em-ups
En 1983, alors que les micro-ordinateurs japonais envahissent progressivement les foyers et que l’industrie vidéoludique domestique tâtonne encore, Technosoft sors alors le jeu Thunder Force,
un shoot’em-up qui posera les bases conceptuelles d’une série devenue légendaire, notamment grâce à la Megadrive de Sega. Thunderforce premier du nom, alors conçu pour des machines comme le Sharp X1, le NEC PC-8801 mkII et le Fujitsu FM-7, n’a ni la puissance graphique ni la mise en scène des hits arcade contemporains, mais il porte en lui une ambition nette : transposer l’intensité du shoot des salles d’arcade dans le salon, à travers une identité visuelle collant au style et des choix de gameplay audacieux.
Le cœur du jeu tient à sa prise en main et à son principe : vue de dessus, mouvement libre dans l’espace de jeu et une dualité d’attaque qui impose réflexion et précision. Le joueur prend le contrôle du vaisseau Fire LEO et doit progresser à travers des zones peuplées d’ennemis volants et de tourelles au sol. La mécanique la plus intéressante est sans doute celle qui consiste à gérer à la fois le tir aérien, pour se débarrasser des vagues ennemies, et la bombe sol, pour neutraliser les installations et tourelles au sol qui constituent l’architecture défensive des niveaux. Ce contraste donne au titre une petite saveur tactique — loin des réflexes purement horizontaux ou verticaux — et oblige à une lecture continue du niveau, à une vigilance constante entre ciel et terre.
Techniquement, le premier Thunder Force reflète les limites des supports pour lesquels il a été développé. Les sprites sont petits, les décors sont fonctionnels plutôt que spectaculaires, et la palette sonore reste simple. Pourtant, ces contraintes techniques ne doivent pas masquer l’efficacité du gameplay : la maniabilité est réactive, la difficulté progressive et parfois piquante, et le level design propose des sections où le placement et le timing comptent réellement. La structure des niveaux n’est pas longue ; l’expérience est concise, concentrée. Jouer au premier Thunder Force, c’était accepter un défi exigeant, conçu pour des joueurs prêts à recommencer souvent et à apprendre les patterns ennemis.
Un autre point remarquable de cette époque est l’esprit d’expérimentation autour du titre. Technosoft proposera plus tard des idées annexes comme un module permettant de modifier ou de créer des niveaux sur certaines plateformes — une démarche précoce qui montre l’intérêt des développeurs pour l’implication du joueur et l’extension du jeu au-delà du simple programme initial. Cela témoigne d’une curiosité, d’une volonté d’offrir une expérience qui dure et qui s’ouvre, même si pour le premier épisode, la priorité restait l'action pure.
Sur le plan narratif, Thunder Force introduit aussi l’univers qui alimentera la série : une organisation ennemie, des bases à détruire, et une ambiance martiale qui se développera ensuite. Ici, l’étoffe scénaristique tient plus du prétexte que du moteur narratif profond, mais elle demeure efficace pour installer le cadre et motiver la progression.
Aujourd’hui, approcher Thunder Force, c’est se confronter à un morceau d’histoire : pas un blockbuster, mais un laboratoire technique et conceptuel. Le plaisir qu’il procure tient à la netteté de son gameplay, à sa difficulté dosée et à la sensation de se replonger dans les premiers pas d’une série qui passera à la vitesse supérieure quelques années plus tard sur les machines 16 bits. Pour les passionnés d’histoire vidéoludique, pour ceux qui aiment les shoots exigeants et pour les nostalgiques du micro japonais, Thunder Force offre une expérience courte mais mémorable.
Test — Thunder Force (1983)
Graphismes — 10 / 20
Les limitations techniques des X1 / PC-88 / FM-7 sont visibles : sprites simples, décors fonctionnels. Le titre n’a pas la beauté des bornes d’arcade, mais l’ensemble reste lisible et cohérent.
Animation — 11 / 20
Les animations sont correctes pour la machine : pas de fioritures mais une réactivité suffisante. Quelques effets de déplacement sont bien rendus malgré la contrainte mémoire.
Son — 9 / 20
Bruitages rudimentaires et musique inexistante ou très spartiate selon les versions ; l’ambiance sonore fait le boulot mais n’enchante pas.
Gameplay — 15 / 20
La vraie force du jeu : prise en main précise, mécanique aérien/sol intéressante, exigence tactique ponctuelle. Un gameplay dur mais gratifiant, qui fonctionne très bien sur le long terme pour les joueurs patients.
Durée de vie / Rejouabilité — 13 / 20
Niveaux relativement courts et répétitifs, mais la difficulté et le désir de maîtrise incitent à la répétition. L’add-on d’édition de niveaux, sur certaines plates-formes, élargit l’intérêt pour les curieux.
Note finale : 12,5 / 20
Pourquoi ce score ? Thunder Force n’est pas un chef-d’œuvre visuel ; il est un objet historique : un shoot-’em-up de micro-ordinateur conçu avec rigueur et ambition, qui assume ses contraintes et propose un gameplay solide et challengeant. Sa valeur réside plus dans son rôle de fondateur et de laboratoire que dans un plaisir immédiat destiné à un public large. Pour un joueur contemporain cherchant une expérience instantanée, le titre peut paraître austère ; pour un amateur d’histoire ou un fan du genre, il conserve un charme et une légitimité indéniables.