Histoire des jeux vidéo

Night Warriors: Darkstalkers’ Revenge

Version Sega Saturn

Illustration

Lorsqu’il arrive sur Sega Saturn le 23 février 1996, Night Warriors: Darkstalkers’ Revenge – connu au Japon sous le titre Vampire Hunter – n’est pas simplement une adaptation parmi d’autres. Pour beaucoup, il représente le modèle absolu de ce que devrait être une conversion de jeu arcade : fidèle, fluide, complète et techniquement maîtrisée. Dans un contexte où la Saturn peine parfois à convaincre à l’international mais excelle dans les jeux 2D, ce portage devient l’un de ses principaux ambassadeurs auprès des amateurs de versus fighting. Capcom ne se contente pas d’un simple transcodage : le studio met à profit l’architecture de la machine pour livrer une version quasi parfaite.

Une fidélité à l’arcade qui force le respect

L’un des accomplissements majeurs de ce portage tient à sa fidélité presque totale à la version CPS-2. Les sprites sont identiques, la vitesse de jeu est parfaitement conservée, les animations ne subissent aucune coupe notable et les arrière-plans retrouvent l’essentiel de leur richesse. La Saturn, déjà réputée pour son excellente gestion de la 2D, fait ici des merveilles. Là où de nombreuses conversions Playstation perdaient en fluidité ou en détails visuels, la console de Sega préserve un rendu très proche de l’arcade, allant jusqu’à conserver la finesse des déformations corporelles propres au style « cartoon macabre » de Darkstalkers.

Une fluidité exemplaire grâce à la RAM et au savoir-faire de Capcom

La Saturn dispose d’une architecture complexe, reposant sur deux processeurs principaux et des modules spécialisés pour la 2D. Capcom exploite cette configuration à la perfection. Le résultat est un gameplay qui tourne avec une stabilité exemplaire, sans ralentissement notable, même lors des chaînes de combos les plus agressives. Les attaques EX, les effets d’impact, les transformations et les éclats d’écran lors des finish moves sont rendus avec une fluidité quasi identique à celle de l’arcade. Peu de portages CPS-2, toutes consoles confondues, peuvent en dire autant.

Des animations intactes et des personnages sublimés

Conserver les animations d’origine était un enjeu capital, et c’est précisément ici que la Saturn impressionne le plus. Les frames intermédiaires, les effets de morphing et les transformations spectaculaires – notamment pour Anakaris, Lord Raptor ou Morrigan – sont intégralement préservés. Là où la Playstation a parfois recours à la compression ou à la réduction du nombre d’images dans d’autres jeux de la même période, la Saturn restitue ce langage visuel sans compromis. Le jeu conserve ainsi ce qui fait son identité : un chaos macabre, fluide et stylisé, riche en gestes exagérés et en poses théâtrales.

Un contenu complet et une expérience domestique enrichie

La version Saturn propose non seulement l’intégralité du contenu arcade mais ajoute également quelques options bienvenues. Le mode Training, quasi indispensable pour apprivoiser la complexité des chain combos, est présent et fonctionnel. Les joueurs peuvent ajuster la difficulté, la vitesse de jeu, et profiter d’un mode Versus parfaitement calibré pour les sessions à deux. Le jeu exploite aussi la manette six boutons de la Saturn, offrant un confort de jeu identique à une borne japonaise. Pour les puristes du gameplay 2D, cette ergonomie constitue un avantage considérable.

Un son préservé, parfois même plus propre

Le CPS-2 est connu pour ses musiques éclatantes et ses bruitages percutants, mais certaines conversions de l’époque perdaient en qualité sonore. Ce n’est pas le cas ici : les pistes musicales conservent leur énergie et leur identité, tandis que les bruitages demeurent nets et précis. Certains joueurs remarquent même une légère atténuation du souffle propre aux cartes CPS-2, ce qui donne à l’ensemble une impression de propreté accrue, sans dénaturer la bande-son originale.

Une preuve éclatante du potentiel 2D de la Saturn

Dans l’histoire des portages arcade vers consoles domestiques, Night Warriors sur Saturn est souvent cité comme un exemple de perfection. Il témoigne du potentiel immense de la console de Sega pour les jeux en sprites et assoit encore davantage son image de machine idéale pour les amateurs de versus fighting. Cette version marque aussi le début d’une longue série de conversions CPS-2 réussies sur Saturn, notamment X-Men: Children of the Atom, Street Fighter Zero 2 ou Vampire Savior.

Verdict final — Une adaptation de référence, encore impressionnante aujourd’hui

La version Sega Saturn de Night Warriors: Darkstalkers’ Revenge reste l’une des meilleures conversions 2D de l’histoire du jeu vidéo. Exceptionnellement fidèle, techniquement irréprochable, parfaitement fluide et bénéficiant d’une maniabilité impeccable, elle élève la Saturn au rang de console incontournable pour les amateurs de jeux de combat traditionnels. À l’époque, elle servait déjà d’argument de vente pour justifier l’achat de la machine ; aujourd’hui encore, elle demeure un modèle d’adaptation réussie. Si la version arcade représente l’essence de Night Warriors, cette conversion Saturn incarne sa forme domestique la plus parfaite.